CARIANE

Espace communautaire dédié aux bidonvillois soucieux de sauvegarder la mémoire collective de "Cariane Centra", au Hay Mohammadi de Casablanca.

10 décembre 2007

Le destin de "roc marqué au fer"

Scalera
Scalera : 1° cimenterie du Maroc

Prélude à une tragédie de plusieurs actes, la Conférence d'Algerisas de 1906 constitua un évènement "charnière" dans l'histoire du Maroc. Imposant au Makhzen, pour le contrôle de la Dette, l'établissement d'une zone franche autour de 8 ports marocains, elle avalisa ainsi les études de génie civil pour l'aménagement du nouveau port de Casablanca, commandées pa le sultan My Abdelaziz en 1905, à Gaston de Caqueray, ancien lieutenant de vaisseau et vice-président de la Compagnie Marocaine. Pour ce, le Vizir Mehdi El Menebhi accorda la même année, la concession d'exploitation des carrières de pierres nécessaires à la mise en œuvre du projet. Mais le marché ne leur fut accordé officiellement que le 2 mai 1907, au détriment de la Banque de Paris & des Pays-Bas. Pour les besoins de la cause, l'urbaniste Albert Tardiff ébaucha un premier schéma du futur Casablanca, en traçant sommairement un demi-cercle de 10 km de rayon autour d'El M'rissa, petit port rudimentaire de Dar El Beyda, reliant cinq marabouts : Sidi Abderrahmane, Sidi Allal Kerwani, Sidi Belyout et Sidi Abdellah bel Haj, sur sa base et Sidi Mohamed de Derb Milan, au sommet du rayon. Comme stipulé par la Conférence d'Algesiras, le domaine de statut makhzenien relevant dorénavant, d'une tutelle franco-espagnole pour le contrôle de la Dette, fut découpé en trois secteurs : un noyau central autour de la Casbah, dévolu à l'administration et au commerce, couronné par une zone résidentielle et de plaisance du colonat, au Sud-Est vers Jadida et une réserve industrielle et ouvrière, au Nord-Est vers Rabat. Le concept d'urbanisme "concentrique", ainsi initié, fut développé en 1914 par Henri Prost, l'urbaniste officiel du Protectorat, qui élabora en 1915, le 1° plan urbanistique de Casablanca, intégrant les quartiers industriels des Roches Noires, de la Villette, d'Aïn Sebaâ et … des Carrières centrales. C'est là que la Compagnie Marocaine fonda à flanc de coteau, les "Carrières centrales", filiale gérant chantiers de travaux et camps sous-tentes des manœuvres. Entre-temps, fut installée la "Scalera", première cimenterie industrielle du Maroc, au cœur même de la carrière. Débutèrent alors les travaux du port, un 24 mai 1907, par le terrassement d'une plate-forme de 50 m. d'avancée en mer sur 500 m. de largeur de grève, de part et d'autre de la porte d’El M'rissa. De là, fut tirée une voie ferrée de 0,60 mètre d'empattement, pour la petite locomotive Decauville à charbon et wagonnets à déversement latéral. Un premier tronçon partit des "Carrières centrales" jusqu'au port, convoyant sur une dizaine de kms, le ciment et la pierraille nécessaires à la fabrication des cubes de 50 et 100 tonnes, immergés à 12m de profondeur. Il traversa la carrière d'Aïn Maâzi, à un kilomètre du port, au croisement de l'avenue Pasteur et du bd. de la Résistance, à la place de l'actuelle Cour d'Appel. Celle-ci fournit les gros rochers de terrassement, avant d’être envahie par les eaux de la dite-source et délaissée au profit de la nouvelle carrière de Sidi Abderrahmane, à une dizaine de kms au Sud-Est. Et dire que c'est le destin de "roc marqué au fer" du bidonville des "Carrières centrales" de participer aux causes qui entraînèrent les incidents de la "Bataille de Chaouia", en 1907.


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